Une stratégie d’influence

LH : Vous dressez le bilan d’une année très riche, laquelle s’est conclue sur le lancement d’un manifeste du végétal. Quel est son objectif ?

Florent Moreau : La fin d’année 2025 a en effet été marquée par le lancement du manifeste « Territoires durables : place au végétal ! », élaboré de concert avec nos neuf fédérations. Il a été remis sur le congrès des maires – sur lequel Valhor est présent historiquement depuis un petit peu moins de 20 ans –, et sur Paysalia, diffusé auprès de 3 000 à 4 000 collectivités, et en particulier soutenu par une tribune publiée dans Ouest-France. L’idée est de rappeler toute l'importance du végétal dans la vie et dans la ville, que ce soit pour le rafraîchissement urbain ou le bien-être des individus.

Nous soutenons que la compétence végétale ne peut revenir qu'aux entreprises de la filière du végétal. Le paysagiste est en capacité de planter un végétal dans la ville. Le concepteur paysagiste est indispensable dans l'aménagement paysager, l'artisan fleuriste pour concevoir des bouquets...

Nous prévoyons une sensibilisation des élus via des séquences médiatiques jusqu’aux municipales, mêlant retours d'expérience de grandes collectivités et de petites communes engagées dans le verdissement. Le point d'orgue de cette campagne sera le dixième anniversaire des Victoires du Paysage à la fin de cette année. Mais nous capitalisons aussi sur les élections présidentielles de 2027.

LH : Les collectivités manquent-elles de repères sur la filière du végétal ?

FM : Oui, souvent, elles manquent de connaissance sur « qui fait quoi ». L’enjeu est de rendre plus lisible le maillage territorial des entreprises du végétal.

Concernant les marchés publics, s’il n’est pas possible d’imposer l’origine française, il est en revanche légal de privilégier un approvisionnement local.

De même pour la palette végétale : on peut avoir envie de planter uniquement des plantes d'origine méditerranéenne pour résister à l'évolution climatique, mais ce n'est pas toujours le meilleur choix. Il faut vraiment adapter la palette au territoire.

Redonner du prestige aux métiers

LH : Vous annoncez une campagne de communication 2026 sur les métiers. En quoi consistera-t-elle ?

FM: L’année 2026 marquera le lancement d’une campagne nationale pour valoriser nos métiers. Cette campagne, tournée vers le grand public, visera à montrer les métiers du végétal sous un angle décalé, pour séduire les jeunes et les actifs en reconversion. Il faut apporter un petit côté de « brillance » à nos métiers !

Typiquement, le jardinier paysagiste n’entretient pas seulement un jardin, il héberge aussi la biodiversité. Ces valeurs du végétal, autres que purement esthétiques, ont du sens pour les nouvelles générations. On peut les décliner pour l'ensemble de nos métiers.

Pour la première fois, cette communication sera explicitement signée « Valhor ». Parce qu'il est important que les professionnels sachent très concrètement ce que fait Valhor, les moyens qu’elle déploie pour rendre service aux entreprises, favoriser l’attractivité des métiers et donc le recrutement. Le manque de connaissance de ce que fait l’interprofession est en partie dû à un déficit de communication historique auprès des professionnels. J'aspire à ce que, demain, ces derniers puissent se dire : « Valhor est en fait est un véritable outil à mon service ! »

L'interprofession comme catalyseur de synergies

LH : Face aux défis de 2026, comment comptez-vous redéfinir le périmètre d’action de Valhor ?

FM: Mon expérience m'a convaincu que Valhor doit se recentrer sur ses missions : représentation et valorisation. Nous avons appris de nos expériences passées, comme le recyclage des pots et le projet Vadeho* : l’interprofession doit insuffler des dynamiques, pas s’engager dans des démarches opérationnelles qui peuvent être mieux exercées par d'autres acteurs économiques.

En terme de représentation, les fédérations savent solliciter Valhor sur certains sujets. Car quand on parle filière, on est plus fort que quand on parle uniquement métier. C'est vraiment toute la force de l'interprofession.

Nous allons massifier nos efforts sur quelques événements forts comme les Victoires du Paysage et le salon Paysalia, et sur quelques actions phares, sur lesquelles nous pouvons capitaliser et dans lesquelles les professionnels se reconnaissent pleinement : le label Fleur de France - le plus reconnu par le consommateur -, l’attractivité, la valorisation produit. Nous sommes en phase de réflexion sur une campagne de promotion pour inciter le consommateur à acheter des végétaux… français si possible, dans la mesure des limites réglementaires.

Sur le plan personnel, c’est un mandat passionnant, plein d'opportunités, de rencontres, de challenges. Extrêmement enrichissant en ce sens qu’il me permet de mieux comprendre et relier les différentes organisations de la filière, pour les encourager à créer davantage de synergie entre elles.

*Organisme financeur créé en janvier 2024 pour la « valorisation des actions environnementales et des déchets en horticulture ».