Plante & Cité organise chaque année depuis 2012 la Rencontre EcoJardin (voir Encadré) qui valorise les témoignages de labellisés. L'édition 2026 était accueillie le 5 février par le ministère de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature, à La Défense.

Amélioration continue et base de dialogue

Au-delà de la diversité des sites - sites patrimoniaux, établissements d’enseignement, services espaces verts… - les témoignages des différents gestionnaires convergent pour définir le label comme un cadre structurant et un outil d’amélioration continue, voire comme un moyen de renforcer la crédibilité auprès des décideurs et du public.

François Darchis, président du comité de labellisation EcoJardin et vice-président de Plante & Cité, présente le label comme « un langage commun ». (© V. Vidril)

Il ne s’agit donc pas d’une fin en soi, mais « d’un langage commun », comme le souligne François Darchis, président du comité de labellisation EcoJardin et vice-président de Plante & Cité.

« Il faut anticiper le temps long dès la conception d’un projet et ça passe par des choix de stratégie végétale, de substrats, d'arrosage… », illustre Guillaume Laurent, chargé de mission Espaces verts à la direction des Services au territoire et des mobilités à Paris-La-Défense. « Nous utilisons les retours d'expérience sur certains sites labellisés pour guider nos concepteurs vers des solutions adaptées, ou à tester… Le label nous donne la capacité de dialoguer avec eux. »

Des pratiques éprouvées à tous les niveaux

Plus de 40 sites patrimoniaux sont désormais labellisés, prouvant que patrimoine et gestion écologique ne sont pas incompatibles.
Les témoignages (Domaine national du Louvre et des Tuileries, Potager du Roi, Parc floral de Paris) montrent qu’ils adoptent différentes techniques :
. régénération des sols (tests biologiques, apport de matière organique, recours au biochar et aux mycorhizes…) ;
. gestion de l'eau (sondes tensiométriques, réseaux d'eau non potable, acceptation du jaunissement des pelouses en été…) ;
. adaptation végétale (diversification des essences, intégration de strates arbustives et herbacées) ;
. soutien à la biodiversité (fauches tardives, prairies, nichoirs et hôtels à insectes, inventaires faunistiques…) ;
. entretien doux (outils manuels, matériel électrique, paillage…) ;
. gestion différenciée (espaces de prestige, espaces naturels…).

Aurore Micand, coordinatrice du label EcoJardin, a présenté les actualités du label, notamment le nouveau site et les évolutions du référentiel avec de nouveaux critères essentiels. (© V. Vidril)

Mais des contraintes propres à chacun

Les pratiques écologiques s’observent sur l’ensemble des typologies de sites : sites patrimoniaux, établissements d’enseignement (48 labellisés), ou encore espaces verts publics.

Malgré tout, chaque gestionnaire fait face à des exigences spécifiques. Ainsi, pour les responsables de sites patrimoniaux, les contraintes sont liées à leur nature historique et à leur fréquentation. Les interventions doivent souvent être validées par les Architectes des bâtiments de France ou respecter des classements Unesco.

Par exemple, si le Potager du Roi (Versailles) a connu une transition majeure vers l'agriculture biologique en 2025, il est aussi garant d’une pratique classée au patrimoine mondial culturel immatériel, peu résiliente et peu propice à la biodiversité : l'art de l'espalier.

De son côté, avec 14 millions de visiteurs annuels, le Domaine national du Louvre et des Tuileries doit supporter un piétinement excessif qui compacte les sols et menace la survie des systèmes racinaires des arbres.

Les pressions sanitaires (pyrale du buis, chancre du marronnier, rongeurs…) et les dépendances techniques (réseaux d’eau…) compliquent encore les choses. Sans compter les attentes esthétiques. Ce à quoi répond Jonathan Sorel, chef de la division du Bois de Vincennes, direction des Espaces verts et de l'environnement de la ville de Paris : il n’y a « pas de gestion écologique sans animation et sensibilisation du public ». Optimiste, il affirme qu’on a « gagné la bataille culturelle » : l’acceptation de la végétation « sauvage ».

Des laboratoires de transition aux réalités du terrain

Atténuation climatique, limitation des intrants, lien social, continuités écologiques… sont autant d’atouts mis en lumière lors de la journée EcoJardin. Pour les établissements d’enseignement, la labellisation est aussi et surtout un levier pédagogique. Outre d’éventuelles réticences humaines (agents d'entretien, étudiants…) ou difficultés financières rencontrées par les établissements, un inconvénient a été soulevé par un participant : le contraste fort entre les pratiques écologiques enseignées et la réalité des entreprises de paysage « conventionnelles » auxquelles les élèves seront confrontés. Au point que ces jardiniers nouvellement formés sont âprement recherchés…

Dans les espaces du quotidien (voiries, habitations, quartiers d'affaires), les défis sont importants. A La Défense par exemple, avec ses 15 hectares d’espaces verts à l'intérieur du quartier d'affaires, trois quarts des 3 800 arbres sont cultivés hors-sol, sur des toitures, sur des dalles… et seulement un quart en pleine terre. Ils subissent les réverbérations de chaleur des façades vitrées et des effets de venturi (vent), ce qui limite leur espérance de vie.

A la ville de Pantin (64 sites labelisés : rues végétalisées, radeaux sur le canal de l'Ourcq…), les contraintes incluent les difficultés d’intervention (absence de stationnement pour les camions, gaz d'échappement et flux des véhicules et cyclistes), les incivilités (déchets, déjections canines, vandalisme), le salage hivernal...

Quant à Paris Habitat, premier bailleur social engagé (vingt sites EcoJardin), un enjeu est de favoriser la biodiversité sans surcoût pour les locataires.

Thomas Vigan (Paris Habitat), Damien Oberlé et Guillaume Laurent (Paris-La Défense), Didier Méreau (ville de Pantin) ont témoigné des atouts du label ainsi que de leurs contraintes au quotidien. (© V. Vidril)

Des évolutions et de belles perspectives

L'année 2025 a été consacrée à l'élaboration d'un nouveau référentiel et de nouvelles grilles d'évaluation, dont la mise en œuvre débute en 2026. Le label intègre désormais le facteur climatique dans ses critères. Le « socle » de la gestion écologique - les critères essentiels - est renforcé pour valoriser l'amélioration continue, tout en restant accessible pour accompagner les nouveaux gestionnaires.

 Le volet « Formation » insiste davantage sur le plan de formation, la sensibilisation des différentes parties prenantes, l'acquisition de compétences pratiques par les jardiniers. Le volet « Public » aborde « l'expérience de nature », la mise en place de zones de libre évolution, la médiation.

Cette année, les audits utiliseront la nouvelle grille, mais conserveront les critères essentiels actuels. Ce n'est qu'en 2027 que les nouveaux critères essentiels seront appliqués.

Un webinaire dédié aux nouveaux critères est prévu le 30 avril 2026.

Le label évolue aussi au niveau numérique et administratif, avec un nouveau site internet en 2025, des candidatures simplifiées et possibles à plusieurs (co-auteurs).

Parmi les motifs d’optimisme autour du label figurent la volonté d’exemplarité de l’État - illustrée par la généralisation de la gestion écologique sur les sites ministériels et la création d’une formation dédiée - ainsi que le plan national de restauration de la nature, qui accorde désormais une attention renforcée aux écosystèmes urbains. La consultation publique prévue au printemps 2026 devrait permettre d’évaluer concrètement la prise en compte de ces enjeux. »

Enfin, Dominique Poujeaux, chargé de mission à la direction de l’Eau et de la biodiversité au ministère de la Transition écologique, a annoncé le lancement d’un « Trophée Terre Saine » (le nom peut encore changer) d’ici l’été 2026. Cet outil de promotion (qui n'est pas un label) visera à accompagner les plus petites communes vers la gestion écologique par des « audits-récompenses » (une journée minimum de conseil personnalisé), servant de tremplin vers une future labellisation EcoJardin.

> Contact : contact@label-ecojardin.fr