En préambule d’un webinaire sur les grimpantes organisé en février par Plante & Cité, Mélissa Haouzi, la chargée de mission écologie et biodiversité, a précisé le cadre de l’étude : elle cible les plantations verticales implantées dans le sol et exclut donc les plantations sur façade hors-sol. « Si les plantes grimpantes constituent un moyen efficace de végétalisation en milieu urbain dense et apportent de nombreuses aménités pour la ville et ses habitants, leur intégration est assez complexe, du fait des modes d’accroche variés, des supports ou des contextes d’installation. »
Ventouses, crampons, vrilles ou crochets
Il faut d’abord distinguer deux grandes catégories de plantes grimpantes : développement direct à l’aide de ventouses (vignes vierges par exemple) ou de crampons (lierre) qui s’accrochent sur la paroi verticale ; végétalisation indirecte - qui nécessite un support pour s’accrocher - avec les espèces à vrille (vigne fruit), volubile (chèvrefeuille, clématite), sarmenteuses (morelle) ou les plantes à épines en crochet (rosier grimpant).
Concernant les contraintes pour les supports, il est important de tenir compte de l’évolution de la plante au fil du temps. « Les données disponibles sont limitées et souvent généralisées, précise Mélissa Haouzi. Par exemple, les règles professionnelles mentionnent un poids moyen standard de 5 kg/m² sans distinction d’espèces. Cela peut entraîner des sous-estimations ou des surestimations des contraintes. »
Un projet pour mieux dimensionner les installations
Le projet Grimpantes (2025-2028) vise ainsi à dresser un état des lieux des initiatives existantes, à combler les lacunes en matière de données techniques, à fournir aux professionnels les outils nécessaires pour lever les freins à l’utilisation de ces végétaux et à permettre un meilleur dimensionnement des installations. Trois grandes catégories de projets ont été analysés : implantation dès la conception dans le cadre d’une opération immobilière ; végétalisation d’un bâti existant ; végétalisation des grillages urbains, présents le long des infrastructures sportives, ferroviaires, routières, etc.
En 2025, Julie Dagbert, étudiante en master Urbanisme et aménagement a lancé la première phase du projet, avec un état de l’art, une analyse des pratiques actuelles (motivations et freins) sur la base d’entretiens semi-directifs auprès d’une trentaine de professionnels (collectivités, fournisseurs, concepteurs) et d’une analyse de terrain pour dresser un panorama des initiatives existantes.
Esthétisme, biodiversité, gain de place…
L’esthétique constitue la principale motivation pour les trois catégories de professionnels interrogés. Les plantes grimpantes ont été présentées comme un moyen d’embellir la ville, de valoriser l’espace en rompant les linéaires, d’apporter de la gaieté et de favoriser le bien-être des habitants. Elles peuvent également servir à masquer des zones disgracieuses ou à protéger certaines zones. Enfin, les grimpantes offrent un potentiel artistique, à l’image du Green Street Art, pour lequel les artistes utilisent les plantes pour symboliser, par exemple, la chevelure d’une personne dans leurs graffitis. La biodiversité est également citée dans les trois catégories mais avec une importance variable.
En deuxième place (par importance), on trouve la participation citoyenne pour les collectivités (création de lien social, sensibilisation, exemplarité), la biodiversité pour les concepteurs et le gain de place pour les fournisseurs. La fraîcheur est aussi un argument avancé par les collectivités et les fournisseurs.
Côté freins, les difficultés d’entretien (difficulté d’accès notamment) et la peur des dégradations se sont révélés être des obstacles majeurs pour tous les groupes, auxquels s’ajoutent les questions réglementaires (collectivités), les niveaux d’exigence (fournisseurs) ou encore les techniques d’installation et supports (concepteurs).
Des installation majoritairement en pleine terre
Suite à ces entretiens, Julie Dagbert a élaboré une grille d’analyse incluant des informations sur le plan constructif, le développement du végétal, la gestion et l’état de l’aménagement. 95 sites comprenant 356 installations ont été étudiés à Monaco, Nice, Montpellier, Poitiers, Angers, Paris, au Plessis-Robinson et dans diverses gares du RER C.
La technique de plantation majoritairement utilisée (plus de 84 % des cas) est la pleine terre, avec en complément quelques plantations en jardinières ou bacs et l’utilisation de carottage pour l’installation de jeunes plantes. Dans 70 % des cas, les plantes sont installées en bord de voirie, puis dans des zones piétonnes (9,1 %), des parcs clos (7,9 %) ou des cours (5,4 %).
Concernant la palette végétale, la majorité des plantes sont d’origine exotique, avec seulement sept genres pouvant être considérés comme de la flore locale (Clematis, Vitis, Hedera, Lonicera…). 43 % sont des espèces à feuillage caduc, 30 % à feuillage semi-persistant, 27% à feuillage persistant.
Quelle que soit la technique de plantation utilisée, les projets étaient très majoritairement en bon état (93,7 % des cas), aussi bien au niveau des végétaux que des supports ou des systèmes d’accroche. A noter que les plantes à vrilles avaient tendance à abîmer davantage les supports que les autres.
Etudes à venir
Pour la suite du programme Grimpantes, plusieurs perspectives sont actuellement en cours d’étude, notamment sur la végétalisation des grillages, afin d’acquérir des données précises sur le poids et la gestion. Un volet sur les coûts d’installation et d’entretien est aussi prévu, ainsi que des préconisations pour diversifier les palettes végétales et créer d’autres ambiances paysagères. Des listes de plantes pourraient être établies en tenant compte de la relation entre le diamètre de support et le mode d’accroche. Enfin, la photothèque et les données descriptives de Floriscope pourront être amendées.