Il y a cinq ans, l’entreprise Pépinières du Bocage – à La Flocellière, dans le nord-Vendée – a changé de main, reprise par un nouveau venu dans le monde de l’horticulture-pépinière : Wandrille de Thomassin. « Lorsque je suis arrivé, l’entreprise venait de vivre plusieurs années de forte croissance », explique le dirigeant. « Elle touchait certaines limites, en termes d’espace, d’eau ou encore de main-d’œuvre. »
Wandrille de Thomassin opte alors pour une stratégie d’optimisation. L’entreprise se recentre sur son métier de multiplicateur et sa gamme, qui dépasse les 4 000 variétés. Dans le même temps, « nous avons travaillé sur la culture de l’entreprise, sur ses valeurs dont deux – l’orientation client et l’amélioration continue – ont été retenues comme essentielles ».
2 millions de jeunes plants par an
Pépinières du Bocage a 50 années d’existence. Depuis sa création, elle multiplie, élève et commercialise des jeunes plants d’ornement, « de l’ordre de deux millions d’unités par an actuellement ». Les deux tiers sont multipliés en interne, à partir d’une collection de pieds-mères. Cette proportion est en nette croissance et devrait encore progresser.
Optimiser l’espace
« Depuis cinq ans, nos pratiques ont fortement évolué », relève Clément Morille, responsable « Opérations ». En particulier, la saison de bouturage s’est allongée. Historiquement, elle se concentrait entre les mois de mai et décembre. Aujourd’hui, tout en privilégiant le printemps et l’été, l’équipe bouture quasiment toute l’année.
En parallèle, les cycles de production ont été révisés. Un exemple parmi d’autres avec une partie des arbustes caduques. Traditionnellement, Pépinières du Bocage les bouturait au mois de juillet de l’année N pour les rempoter au mois de mai de l’année N+1. Aujourd’hui, pour un gain qualitatif et phytosanitaire, un mois sépare le bouturage (en juin) du rempotage (en juillet).
Dans ce même esprit d’optimisation – de l’espace notamment –, la bouture de bois sec a été réintroduite. Les dates de semis ont été avancées.
Concernant l’utilisation des produits phytosanitaires, « l’objectif est de travailler avec intelligence », fixe Wandrille de Thomassin. Pépinières du Bocage n’a pas encore atteint le stade du « zéro phyto » mais elle n’utilise plus du tout d’herbicide, y compris pour la gestion des espaces extérieurs (entre les tunnels, bordures, angles, etc.). Le recours aux fongicides a été réduit, « grâce à un travail d’observation plus fin et une formation des équipes plus assidue », explique Amandine Villeneuve, responsable du pôle « Multiplication ».
L’environnement, un atout
Pépinières du Bocage fait partie d’un groupe Dephy Ferme (voir Encadré). Engagée dans la Protection biologique intégrée (PBI), l’entreprise s’intéresse aussi, de très près, à la biodiversité fonctionnelle. Pour s’en rendre compte, il suffit d’arpenter les 8 hectares d’installations (dont 40 % de tunnels et serres) et de considérer le paysage bocager qui les entoure.
Afin d’attirer les auxiliaires sur son site, Pépinières du Bocage a multiplié les aménagements. Des nichoirs ont été fixés en différents endroits. À l’entrée de chaque abri, des plantes à floraison étalée ont été installées et, à l’intérieur, des jardinières ou des bacs. L’entre-tunnels est enherbé.
Plusieurs serres sont équipées de filets retractables avec enrouleurs et, cette année, les portes des tunnels ont été retirées. Avec cette option, « on combine l’intérêt technique (attirer les auxiliaires) à l’amélioration des conditions de travail (plus grande facilité d’accès) ; le tout en créant un environnement qui s’avérera plus propice, plus favorable aux plantes (milieu mieux aéré, moins sensible aux coups de chaud, etc.). Ce triptyque, c’est exactement ce que nous cherchons ! », appuie Clément Morille.
Une équipe qui monte en compétence
Avec 8 ha de production, Pépinières du Bocage emploie trente-cinq salariés permanents. À son arrivée dans l’entreprise, « ma priorité a été de stabiliser cette équipe et ensuite qu’elle monte en compétence », explique Wandrille de Thomassin. Cinq ans plus tard, les changements sont là. L’an dernier, un plan d’intéressement a été mis en place. Clément Morille, responsable « Opérations » dans l’entreprise depuis neuf ans, et Romain Dugué, responsable commercial arrivé en 2017, sont par ailleurs entrés au capital. Pour l’entreprise, l’un et l’autre « sont des personnes clés », justifie leur responsable.
Au-delà de ces mesures, d’autres changements sont intervenus. Précédée de sa réputation de « boutureuse la plus rapide », Amandine Villeneuve, dans l’entreprise depuis 2016, est aujourd’hui responsable du pôle « Multiplication ». Des saisonniers sont devenus permanents, responsable d’expédition par exemple. Désormais, l’équipe complète se retrouve chaque matin. Cette réunion d’embauche est l’occasion de préciser les consignes de la journée et de pratiquer – en musique – dix minutes d’échauffement.
Au-delà, des travaux « ingrats » comme le désherbage à la binette font désormais l’objet de chantiers collectifs : « Toute l’équipe y participe. » Quant à la permanence du dimanche en saison d’irrigation, elle repose désormais sur vingt personnes, contre deux précédemment : Clément Morille et le gérant. « Beaucoup plus confort », apprécie le premier.
Plus largement, « Wandrille nous a apporté son expérience du fonctionnement de grands groupes. Il nous a appris à penser et à travailler global, analyse Romain Dugué. Autrement dit, avec une conscience plus vive de ce qui se passe avant et après le travail de chacun. »
Travailler par date de disponibilité
Pour l’essentiel, Pépinières du Bocage vend sa production à des pépinières professionnelles et des paysagistes, soit, au total un millier de clients. Pour commander, aucune quantité minimale n’est requise. En même temps que la révision des cycles de production, ce sont les pratiques commerciales qui ont évolué. « Aujourd’hui, explique Romain Dugué, nous travaillons par date de disponibilité pour l’ensemble de la gamme. Autrement dit, c’est nous qui indiquons à nos clients à quel moment nous aurons tel produit. » Le tout, « dans un marché du jeune plant qui se tient plutôt bien », rappelle Wandrille de Thomassin.
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