Malgré des contraintes réglementaires fortes, des délais d’instruction longs et des interrogations environnementales, le photovoltaïsme suscite l’intérêt du monde agricole depuis plus de vingt ans. Les premiers investissements réalisés au début des années 2000 posent aujourd’hui la question de la transmission des installations.

En horticulture, quelques exploitations ont franchi le pas. Pour accompagner la transition énergétique des serres, le projet Interreg RE-Greenhouse (2023-2027) développe un outil d’aide à la décision gratuit à destination des serristes.

La hausse des coûts de l’énergie, l’évolution réglementaire et les progrès technologiques alimentent aujourd’hui la dynamique du secteur. Entre 2009 et 2023, le coût des modules photovoltaïques a chuté de 93 %, renforçant leur compétitivité.

Plusieurs modèles économiques coexistent : autoconsommation, vente locale, ou vente totale à l’État, laquelle garantit une recette minimale sur vingt ans et constitue un filet de sécurité.

Ombre et cultures : des réponses variables

Malheureusement, la migration des panneaux sur les serres s’est vite heurtée à un obstacle de taille : l’impact de l’ombrage sur les cultures, les pertes de rendement limitant ces dispositifs à des productions spécifiques.

Les plantations adaptées existent. Une étude allemande* a développé un modèle d’aide à la sélection des cultures sous panneaux photovoltaïques. La matrice analyse la réponse de douze grands types de cultures à l’ombrage, aux modifications du microclimat et aux contraintes hydriques. Les résultats montrent, par exemple, que dans les zones arides et semi-arides, les plantes aromatiques apparaissent particulièrement adaptées à l’agrivoltaïsme.

En associant sur une même surface production agricole et production électrique, l’objectif est d’optimiser l’usage du foncier et de protéger les cultures (ombre, stress hydrique, grêle) grâce aux microclimats générés.

Des expérimentations en cours

Le changement climatique favorise ainsi l’émergence d’ombrières photovoltaïques. Plusieurs stations Astredhor explorent ces solutions. À Hyères, Astredhor Méditerranée a testé des ombrières sur pivoine. À Villenave-d’Ornon, Astredhor Sud-Ouest lancera à l’automne une expérimentation avec Solvéo Énergies autour d’ombrières mobiles, (implantation des végétaux – érables – prévue au printemps 2026).

À Brindas, Astredhor Aura étudie avec le lycée de Dardilly une structure agrivoltaïque dynamique sur des espèces de pépinière hors-sol. Les premiers résultats montrent une réduction de 43 % de la lumière, et une baisse significative de la température moyenne et de celle du substrat. Les effets varient selon les espèces : réduction de la croissance aérienne, amélioration du système racinaire, diminution de certaines maladies, ou adaptations morphologiques. Les recherches se poursuivent.

Un nouvel équipement pourrait bousculer le secteur : Voltirion, lauréat d’argent au concours des innovations Sival 2026 (voir Lien horticole n°1153 de mars 2026). Il s’agit de modules solaires à filtrage spectral compatibles avec les cultures sous serre, développés par Voltiris. La technologie – installée sous la toiture – laisse passer les longueurs d’onde utiles à la photosynthèse et capte les autres pour produire de l’électricité, tout en réduisant la température des feuilles.

Entre opportunités et risques de dérive

La réussite du photovoltaïsme repose sur un diagnostic préalable rigoureux : statut foncier, types de cultures, choix techniques (panneaux fixes ou mobiles, orientables ou non, en toiture ou en plein champ…), et surtout possibilité de raccordement au réseau, souvent déterminante.

Côté réglementation, la loi d’accélération des énergies renouvelables de 2023 (APER) encadre l’agrivoltaïsme pour éviter les « cultures alibis », avec une baisse de rendement limitée à 10 %.

Elle impose aussi des obligations de solarisation ou de végétalisation pour les bâtiments et parkings.

Par ailleurs, depuis le 22 septembre 2025, pour les projets de 100 à 500 kWc, l’accès au soutien public passe désormais par un appel d’offres simplifié (AOS), exposant davantage les projets aux mécanismes de marché. Avec plus de 2 000 projets en instruction, le secteur connaît une vraie dynamique. menée par les énergéticiens, la spéculation et les incertitudes agronomiques soulèvent des interrogations et invitent à la vigilance.

Les thématiques développées dans le dossier

> Bien réfléchir à son investissement
> Tirer parti des toitures biosolaires
> Cultiver à l'ombredu soleil

* Étude « Crop Selection in Agri-PV: International Review based Strategic Decision-Making Model », publiée dans la revue Solar Compass