- Propriétés : Ampelomyces quisqualis a été décrit et nommé par Vincenzo de Cesati dès 1852. Dans la classification, ce champignon hyperparasite d’oïdiums a été rattaché à la famille des Phaeosphaeriaceae sur la base de critères morphologiques. En 1930, Emmonds a caractérisé ce micro-organisme comme un antagoniste d’oïdiums. En 1986, un isolat du champignon (qui sera plus tard désigné AQ 10) a été identifié dans le laboratoire du professeur Sztejnberg en Israël sur un arbuste ou arbrisseau sauvage originaire du Yémen et d’Éthiopie, le khat (Catha edulis), de la famille des célastracées. À la suite d’une demande d’homologation déposée auprès de l’Agence de protection de l’environnement (EPA) aux États-Unis, le produit a été ensuite autorisé en moins d’un an, devenant ainsi le premier biofongicide jamais développé contre l’oïdium. En 1999, Intrachem Bio Italie a obtenu une autorisation provisoire, la première en Europe. Puis, en 2005, une inscription au niveau européen a été accordée sur demande du groupe Intrachem. Ce produit est actuellement autorisé sur le marché en France et dans divers pays de l’Union européenne. Hyperparasite de champignons phytopathogènes de l’ordre des Erysiphales et de la famille des Erysiphaceae, qui sont les agents de divers oïdiums, A. quisqualis est actuellement l’une des solutions de biocontrôle les plus prometteuses pour réduire l’utilisation des produits chimiques de synthèse conventionnels anti-oïdiums. Il a été signalé sur plus de 64 espèces de champignons responsables d‘oïdiums appartenant aux genres Brasilomyces, Erysiphe, Leveillula, Microsphaera, Phyllactinia, Podosphaera, Sphaerotheca et Uncinula, dont la majorité concerne les cultures ornementales.

Oïdium du rosier Sphaerotheca pannosa f. sp. rosae. (© J. Jullien)

- Mode d’action : A. quisqualis infecte et forme des pycnides (corps des fructifications) à plusieurs stades du développement des oïdiums : hyphes mycéliens (appareils végétatifs) ; conidiophores (hyphes aériens produisant des spores appelées conidies pour assurer la reproduction asexuée des oïdiums) ; cléistothèces (sporophores fermés des oïdiums assurant leur conservation). Attention, les cléistothèces immatures (jaunes ou bruns) sont sensibles à l’action du mycoparasite, contrairement aux cléistothèces matures (noirs). Après la destruction des hyphes d’oïdium, A. quisqualis émet de nouvelles pycnides intracellulaires dans les conidiophores de l’hôte. Les spores issues des pycnides deviennent la source d’infections ultérieures d’autres oïdiums. Lorsque ces derniers sont parasités, leurs fructifications, qui forment d’ordinaire un feutrage blanchâtre à la surface des tissus végétaux, s’aplatissent et prennent une couleur terne blanc grisâtre. La production de spores est réduite ou absente.

- Principales cultures concernées : dans l’Union européenne, A. quisqualis est approuvé comme substance active à faible risque selon l’article 22 du règlement (CE) n° 1107/2009. Sur le marché français, il n’existe aujourd’hui qu’une seule spécialité commerciale contenant cette substance active antagoniste d’oïdiums. Elle se nomme AQ 10 WG et est formulée en granulés dispersibles dans l’eau. La souche M10 de ce fongicide microbien est reconnue efficace contre plusieurs oïdiums des végétaux, dont celui du rosier (Sphaerotheca pannosa f. sp. rosae) en horticulture florale, pépinières, jardins et espaces verts. Elle est aussi autorisée en France pour maîtriser les oïdiums de plantes potagères de la famille des cucurbitacées et des solanacées (poivron, tomate), ainsi que l’oïdium du fraisier.

Modes d’action d’Ampelomyces quisqualis sur une plante oïdiée (© J. Jullien)

- Lutte intégrée : les traitements sur les cultures se font par pulvérisation d’une suspension aqueuse sur les parties aériennes des plantes, en plein air comme sous abri, avec un volume de bouillie de 500 à 1 000 l/ha. Pour le rosier, l’intervalle à respecter entre deux traitements successifs est de sept à dix jours. Il est également important de ne pas employer d’autres fongicides pendant une période de cinq jours avant et après l’application du biofongicide pour optimiser son action. L’usage d’A. quisqualis est d’autant plus valorisé dans une stratégie de gestion de l’oïdium qu’il permet de prévenir le développement de souches résistantes d’oïdiums aux fongicides de synthèse, comme les produits de la famille des triazoles ou de celle des strobilurines. Il peut être appliqué seul ou utilisé en alternance avec d’autres produits anti-oïdiums, dont des substances à faible risque, de biocontrôle ou utilisables en agriculture biologique (UAB). Par exemple, en agriculture biologique (AB), on peut l’appliquer en alternance avec des fongicides minéraux tels que le soufre ou l’hydrogénocarbonate de potassium. On notera qu’il est toujours préférable d’utiliser la solution d’A. quisqualis en début de cycle cultural, dès la détection des premiers symptômes d’oïdium ou en situation de faible niveau d’attaque avec un nombre de feuilles symptomatiques inférieur à 3 %. En cas de pression plus élevée, mieux vaut alterner A. quisqualis avec d’autres fongicides anti-oïdiums.

- Facteurs d’efficacité : pour la préparation de la bouillie, il convient d’ouvrir l’emballage, de verser le contenu dans un récipient contenant de l’eau, de laisser les granulés s’hydrater complètement, puis d’agiter pour porter les spores en suspension et enfin de transférer la solution dans la cuve. Pendant l’application, on veillera à maintenir la bouillie en agitation constante. Puisque les spores s’activent uniquement si elles se trouvent en contact ou à proximité du mycélium de l’hôte, une couverture optimale de la végétation est fondamentale. Autre recommandation, il est judicieux d’appliquer le fongicide à base d’A. quisqualis tôt le matin ou, mieux encore, le soir afin de bénéficier d’une humidité la plus élevée et longue possible (> 70 % pour favoriser la germination et l’installation du champignon mycoparasite). Sous abri, l’utilisation de la brumisation durant les douze heures qui suivent le traitement permet de renforcer l’efficacité du traitement.

- Risques et précautions d’emploi : AQ 10 WG est exempté de classement toxicologique pour la santé humaine et de classement écotoxicologique pour l’environnement. Il respecte les macro-organismes auxiliaires, a un délai avant récolte (DAR) d’un jour, n’est soumis à aucun délai de réentrée après traitement et ne présente aucune limite maximale de résidus (LMR) lorsqu’il s’agit de denrées consommables. Par ailleurs, aucune phytotoxicité n’a été constatée lors de son utilisation sur les cultures pour lesquelles il est autorisé. En matière d’utilisation, ce biofongicide ne doit jamais être mélangé avec le soufre, mais il peut être associé à la plupart des insecticides et acaricides. Après ouverture, il est important de refermer soigneusement l’emballage, de replacer sans tarder le produit à une température comprise entre 1 °C et 4 °C à l’obscurité, et de l’utiliser dans un délai de deux à trois semaines. Lors de la préparation, il faut laisser la bouillie fongicide reposer 30 à 60 minutes à température ambiante avant de l’incorporer dans la cuve du pulvérisateur. Le traitement doit être effectué au plus tard, dans les deux heures qui suivent la préparation de la bouillie et le remplissage du pulvérisateur, car, au-delà, les spores d’A. quisqualis peuvent perdre leur vitalité et leur potentiel d’efficacité.