La connectivité entre les filières végétales est au cœur de la surveillance biologique du territoire. En raison de la mondialisation des échanges et du dérèglement climatique, on observe – depuis le début des années 2000, sur le plan phytosanitaire – un renforcement des connexions entre les cultures ornementales et d’autres filières végétales, avec des répercussions parfois importantes en termes de fréquence, de distribution et de pression parasitaire.

Connectivité, mondialisation et changement climatique

Malgré les réglementations et les inspections phytosanitaires, les bioagresseurs émergents introduits dans de nouveaux territoires via du matériel végétal ou des moyens de transport originaires de pays tiers ou d’États membres de l’UE peuvent aujourd’hui s’adapter plus facilement. Ce phénomène dépend non seulement de l’évolution du climat, mais aussi de la mobilité et des plantes hôtes de chaque organisme nuisible, ainsi que des facteurs de régulation locaux.

Si ce processus joue un rôle majeur dans la dissémination des bioagresseurs en France hexagonale, il doit être relativisé au cas par cas, selon la capacité de chaque bioagresseur (ravageur, pathogène, adventice) à coloniser de nouveaux écosystèmes. Il arrive que des organismes nuisibles passent de milieux anthropisés (surtout des cultures de végétaux sous abri ou hors-sol) vers des espaces semi-naturels (parcs et jardins extensifs, haies champêtres, bosquets, bois, forêts), c’est-à-dire des situations où les variations environnementales peuvent être importantes entre le biotope de départ et d’arrivée.

L’un des plus forts potentiels d’adaptabilité concerne des organismes phytophages, dont les traits de vie leur permettent une acclimatation rapide à de nouveaux milieux, comme par exemple, la bactérie vasculaire Xylella fastidiosa ou le scarabée japonais Popillia japonica, organismes de quarantaine prioritaire dans l’Union européenne, détectés en France.

Dans d’autres cas, il peut s’agir de situations assez semblables entre deux écosystèmes, par exemple entre des pépinières de pleine terre ou encore des plantations ligneuses, ornementales ou à vocation utilitaire (ombrage, fixation de talus...) des parcs, jardins et espaces verts paysagers, situés à proximité de zones arborées forestières ou de vergers. Autre exemple, la similitude des zones cultivées entre l’horticulture florale (espèces annuelles, bisannuelles, vivaces) et les productions légumières, spécialement entre les plantes de même famille botanique. Par exemple, entre des solanacées ornementales (Calibrachoa, Nierembergia, pétunia dont Surfinia, Schizanthus, Solanum jasminoides, Solanum pseudocapsicum, S. rantonnettii, tabac d’ornement…) et maraîchères (aubergine, coqueret du Pérou, piment, poivron, pomme de terre, tomate…) vis-à-vis de la bactérie Ralstonia solanacearum, agent du flétrissement bactérien, transmise lors de irrigation après captage d’eaux de surface contaminées, tels que le Loir, affluent de la Loire dans les régions Centre-Val de Loire et des Pays de la Loire.

Occupation du sol et connectivités végétales

La connectivité territoriale qui existe entre les milieux agricoles, dont les productions horticoles, vergers, vignes, bocages, jardins, espaces verts, infrastructures, forêts, favorise la dissémination de nombreux bioagresseurs à des vitesses et des distances variables. Cette connectivité territoriale explique le développement d’un certain nombre de foyers parasitaires observés entre les cultures ornementales et d’autres filières végétales, ou inversement.