Produire Aux pépinières de Brûlas, l’ergonomie devient un levier de performance
À Saint-Denis-en-Val (Loiret), les pépinières de Brûlas ont mis en place plusieurs aménagements ergonomiques pour réduire la pénibilité du travail. Sur un marché où l’attractivité des métiers de production est un enjeu majeur, le choix d’investir dans des équipements confortables et efficients apparaît comme une stratégie payante.
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Au-delà des évolutions végétales et techniques qui ont rythmé leurs soixante ans d’existence (voir Le Lien horticole n° 1150, page 8), les Pépinières de Brûlas cultivent un autre savoir-faire, plus discret mais essentiel : celui de l’attention portée aux femmes et aux hommes qui font vivre l’entreprise. Derrière les quelque 600 variétés produites chaque année se joue un défi quotidien : celui de faire perdurer un métier de terrain, physique, soumis à la météorologie et aux cadences logistiques. Comment cette pépinière historique a-t-elle repensé ses méthodes, ses équipements et son organisation pour réduire la pénibilité et améliorer le confort de travail de son équipe ? Les Langevin ont mené un chantier complet, allant du rempotage à la préparation de commande, avec un même fil conducteur : privilégier l’efficacité… sans sacrifier les corps.
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Un bâtiment dédié au rempotage
« Auparavant, le rempotage était un poste peu attractif, aujourd’hui c’est l’inverse », lance en souriant Alice Langevin. Il y a encore quelques années, le rempotage était itinérant et dépendait des conditions météorologiques. On travaillait entre deux averses et en évitant les jours trop froids. Pour limiter cette exposition, Serge Langevin, aujourd’hui épaulé par ses enfants Alice et Paul, a décidé il y a cinq ans de dédier un bâtiment complet à cette opération stratégique.
Un ancien hangar et une serre ont ainsi été réaménagés pour accueillir une rempoteuse, une mulcheuse et un robot convoyeur de pots, le tout connecté à des remorques tractables. Le bâtiment, long de plus de 30 mètres, regroupe à proximité immédiate terreau, pots et intrants, permettant d’éviter des allers-retours chronophages. Une dalle béton a été coulée pour intégrer le rail du convoyeur et sécuriser les déplacements. Résultat : en 2024, le rempotage s’est déroulé de septembre à juillet, presque sans interruption.
« Sur l’ensemble de la pépinière, nous avons mis en place de nombreuses activités sous abri pour qu’il y ait toujours quelque chose à faire, même les jours de pluie », rappelle Paul, responsable d’une équipe production de huit personnes. Une manière de lisser la charge de travail, mais aussi de préserver les articulations et les postures.
Paramétrages et mécanisation : une organisation plus fluide
La rempoteuse (Javo) permet de travailler du 2 au 12 litres, pour une production allant jusqu’à 900 pots/heure. « Mais ce n’est pas un concours de vitesse, insiste Paul. Le salarié règle la machine pour adapter la cadence à son rythme, afin de travailler sans difficulté. » À Brûlas, la priorité est donnée à la qualité de rempotage et à la constance du geste, plus qu’à une course au volume.
Ce matin d’hiver, Andy, 38 ans, responsable du rempotage, pilote la ligne. Le terreau arrive dans le pot recyclé ; Andy y plante un jeune Photinia, étape manuelle mais rapide. Le pot passe ensuite sous la mulcheuse qui applique un paillage de chanvre, puis avance sur une vingtaine de mètres, distance pensée pour laisser la place aux engins et éviter les croisements dangereux.
Le robot de plaçage pousse huit pots sur un tapis qui les dépose automatiquement dans une remorque. Jusqu’à six remorques peuvent être attelées entre elles, se déplaçant sur le rail intégré à la dalle. Dans les serres, Pascal, 26 ans de maison, les décharge à l’aide d’un mini-chargeur compact (Knikmops). « Une entreprise spécialisée nous a fabriqué trois fourches adaptées à nos litrages et à nos espacements. Elles soulèvent et déposent directement les pots au sol. Quand on a 60 000 pots à placer sous une serre, ne plus les manipuler un par un change vraiment la donne », résume Paul.
L’organisation repose sur une quinzaine de paramétrages du robot de plaçage : espacements, alignements, quinconces… « Les techniciens Javo nous ont accompagnés pendant une semaine pour calibrer précisément la machine », se souvient Paul. Ce travail initial permet aujourd’hui de basculer d’un pot à un autre en quelques minutes.
Réduire les efforts sans perdre en réactivité
L’ergonomie ne s’est pas arrêtée au rempotage. Les Langevin ont repensé l’ensemble du flux logistique, notamment l’étiquetage et la préparation de commande. Les salariés utilisent désormais de petites remorques à hauteur de personne, tirées par des microtracteurs, ce qui évite les flexions répétées. Le logiciel Flow One calcule l’itinéraire le plus court entre les serres, ce qui fluidifie la circulation sur la trentaine d’hectares.
Les végétaux sont ensuite palettisés et étiquetés à hauteur de hanches, ce qui limite les efforts du dos. Pour les gros sujets, comme les oliviers ou les palmiers – une nouvelle gamme introduite depuis deux ans – l’équipe utilise une cinquantaine de cages métalliques et un chariot élévateur. Deux personnes sont dédiées à la préparation des commandes : elles n’ont plus besoin de se baisser, hormis lors de la collecte initiale des végétaux.
Automatiser pour améliorer le quotidien
Cette automatisation nécessite une dizaine de petits tracteurs et une coordination millimétrée. Malgré ces investissements, l’effectif est resté stable. « Ces équipements ont avant tout pour objectif de préserver les salariés et d’améliorer leur quotidien, note Alice Langevin. On peut regretter l’infime proportion du personnel féminin au postes de production, une femme salariée pour sept hommes. »
Les commandes, souvent expédiées en 24 h, exigent une forte réactivité. La préparation se concentre en début de semaine pour garantir la disponibilité des végétaux en magasins ou chez les professionnels du végétal avant le week-end, période clé du commerce de détail. Paul et Serge passent voir les équipes toutes les trente minutes environ pour ajuster le planning en cas de commande urgente.
« La possibilité de travailler sous abri et la mécanisation apportent une vraie souplesse à l’organisation du travail. On trouve toujours quelque chose d’utile à faire », explique Paul, qui souligne également l’importance d’un salaire attractif. Une stratégie RH assumée pour fidéliser les équipes dans un secteur où la ressource humaine est devenue précieuse.
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