La France compte environ 5000 terrains de jeu synthétiques.

Gazons synthétiques : l’alerte rouge passe à l’orange

Un article du magazine SoFoot relance le débat sur les surfaces sportives synthétiques évoquant des problèmes de santé publique. L’an passé les Pays-Bas ont connu la même tourmente. Une question au gouvernement est en instance au Sénat. FedairSport tente de calmer les esprits.

 

Le magazine So Foot a jeté une allumette dans le monde des terrains sportifs. Ce mensuel, dont la diffusion payante se situe autour de 49000 exemplaires, vient de remettre sous le feux de la rampe le débat sur la supposée dangerosité du gazon synthétique pour santé. Les médias du Web, de nombreuses stations radio, des titres de la presse grand public, se sont rués dans la brèche. Une sénatrice de la Gironde est entrée dans le débat avec une question posée à la ministre

FedairSport vient de prendre position dans un communiqué de presse.

FedairSport vient de prendre position dans un communiqué de presse.

des sports publiée au JO de la chambre le 16 novembre. Ceci a conduit la FedairSport (Fédération des Acteurs des équipements de Sports et de loisirs) à réagir et à faire un tir de barrage en publiant un communiqué émanant de son président Jacques Baillet :  » Suite à quelques articles qui posent questions sur l’impact potentiel des terrains de sport en gazon synthétique sur la santé, nous souhaitons réagir pour souligner que l’industrie toute entière veille à mettre à disposition des utilisateurs des surfaces sans danger et sans risque pour la santé. Ainsi, les systèmes proposés par les membres de FEDAIRSPORT répondent à toutes les normes en vigueur en France et en Europe; ceci inclut la conformité à la norme française NF P90-112 de décembre 2016 concernant les terrains de sport en gazon synthétique. Bien entendu, les différents produits utilisés par l’industrie sont aussi conformes à la Réglementation Européenne REACH. Afin de s’assurer de la sécurité de ces dispositifs, l’Europe et ses États membres ainsi que les États-Unis ont réalisé de nombreuses études scientifiques dont les résultats concluent à une absence de risque pour la santé. »

Interrogée par nos soins, la Fédération Française de Football, ne s’exprimera pas sur ce sujet pour l’instant mais indique être sur la même ligne que la FedairSport. La FFF estime n’avoir aucun étude sérieuse en sa possession pouvant justifier de mettre les pelouses synthétiques installées en France en quarantaine pour une cause de santé publique.

2016 : malaise aux Pays-bas
L’an passé, à peu près à la même période, les Pays-Bas étaient en émoi pour les même raisons. Un reportage télévisé portant sur le thème des dangers des synthetique2-BD-NL-MP-nov2017 (500 x 375)surfaces synthétiques avait suscité l’interpellation des pouvoirs publics. À sa suite, une étude a été diligentée par Institut National de la Santé Publique et de l’Environnement du pays pour évaluer les risques des surfaces synthétiques comportant des granulats d’élastomères issus de pneumatiques usagés. Les conclusions de l’étude menée, publiées par la RIVM, sont basées sur 100 installations testées en laboratoire. Les résultats indiquent bien la présence d’agents chimiques toxiques dans les granulés mais ceux-ci étaient déjà connus.

Cette étude, qui a examiné plusieurs scénarios, conclut sur un niveau de risque pour la santé se situant à une échelle négligeable toujours selon les cas étudiés. Elle précise cependant : « … si les limites de concentration pour les produits de consommation et les jouets devaient être appliquées aux granulats de caoutchouc, un grand nombre d’échantillons n’y satisferaient pas en raison de la concentration en Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques. » 

Pas de risques mais des recommandations
Donc pas de risques pour la santé sur les cas étudiés mais des recommandations. L’institut néerlandais
estime qu’il serait préférable de limiter la concentration présente dans les granulats de caoutchouc pour s’approcher des limites demandées pour les produits de consommation notamment pour les surfaces utilisées par les jeunes enfants. L’étude précise aussi qu’elle espère que ces résultats pourront apporter une contribution aux « recherches actuellement menées par l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) et portant sur les risques pour la santé des granulats de caoutchouc ».

Le débat est donc relancé et l’Unep se glisse dans la brèche en insistant sur les résultats d’un sondage mené auprès de sportifs professionnels ou amateurs : près de 7 sur 10 disent préférer pratiquer leur sport sur le gazon naturel.

Le naturel revient au galop

On préfèrerait donc le naturel mais la réalité est que le plupart des surface sportives installées sont synthétiques. Les débats entre les deux options font déjà partie de l’histoire des surfaces sportives et la littérature abonde avec les camps des « pour » et des « contre ». La réalité est qu’il s’agit d’un marché important où les différents acteurs se disputent sur chaque projet chacun faisant valoir ses avantages et souhaitant minimiser le plus possible les inconvénients. Dans les faits, la Ligue Professionnelle du Football a exclu les terrains synthétiques des stades de ligue 1 et 2. Son règlement stipule : (Article 573, nature de l’aire de jeu) : « Les stades utilisés par les clubs de  Ligue 1 Conforama et de Domino’s Ligue 2 doivent impérativement être dotés d’une aire de jeu dont la nature de revêtement de sol est en pelouse naturelle ou naturelle renforcée, les aires de jeu dont la nature de revêtement de sol est en gazon synthétique étant prohibées. »

Cette interdiction opérationnelle provient d’un mécontentement de l’association des joueurs professionnels qui en mai 2016 avait demandé à l’instance professionnelle l’arrêt des matches sur des surfaces synthétiques les joueurs mettant en cause les blessures qui seraient favorisées par le jeu sur ces terrains.

Cependant, la Fifa a pris d’autres résolutions en accordant des labels (Fifa Quality et Fifa Quality Pro) à des gazons synthétiques de troisième génération.

Aujourd’hui, les surfaces hybrides apportent l’innovation technologique sur le marché. Les Desso GrassMaster (Desso Sports Systems, groupe Tarkett), AirFibr (Natural Grass), Mixto (id Verde), XtraGrass (GreenFields, groupe TenCate)…, sont « tendance » avec les points positifs qu’ils apportent mais reste le problème de l’investissement. Parviendra-t-on à les démocratiser ?

Que faire ?

Communication d'Aliapur (filière de recyclage des pneumatiques usagés) sur les avantages du gazon synthétique.

Communication d’Aliapur (filière de recyclage des pneumatiques usagés) sur les avantages du gazon synthétique.

Dans un premier temps, il faut savoir raison garder. Les surfaces synthétiques et les ingrédients qu’elles contiennent figurent parmi les plus suivis sur les plans réglementaires et des normalisations tant en matière environnementale que d’impact sur la santé. Ceci ne signifie certainement pas qu’elles soient au-delà de tout soupçon mais il en est de même sur la plupart des marchés : des risques existent. Certains, s’ils sont jugés plus dangereux pour l’être humain, sont soumis à des règlements encore plus contraignants et peuvent être interdits à l’utilisation pour des  populations considérées comme plus fragiles.

Poussés par une campagne médiatique, les associations de parents d’élèves, les élus, peuvent être tentés d’incriminer un marché  surtout si les technologies sont utilisées sur les espaces publics. Dans ce cas, il  ne reste qu’à trouver le meilleur arbitre indépendant et, en attendant, s’essayer à calmer le débat.

 

 

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