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Protéger Chancre coloré du platane : maîtriser le risque

L’Île-de-France compte plus de 200 000 platanes, dont 40 000 à Paris. Depuis 1970, environ 50 000 platanes malades du chancre ont dû être abattus. Aujourd’hui six foyers persistent.

Fredon Île-de-France met en avant deux dispositifs d’aide dans la prévention vis-à-vis du champignon Ceratocystis platani.

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Le champignon responsable du chancre coloré du platane, Ceratocystis platani, est d’une virulence redoutable. Une seule spore suffit à contaminer et condamner un arbre. La maladie, incurable, peut tuer un platane adulte en seulement deux à trois ans, voire en quelques mois dans les cas les plus foudroyants. Le pathogène est classé comme organisme de quarantaine, et sa lutte est obligatoire sur l’ensemble du territoire national.

Identifier un foyer à ses débuts permet de limiter la propagation de la maladie, de limiter les coûts d’intervention et d’éviter les abattages massifs. Le coût moyen de gestion d’un arbre infecté dépasse 4 000 euros, et peut atteindre jusqu’à 5 000 euros en intégrant les frais d’assainissement et de replantation. À noter qu’il est interdit de déplacer les terres pendant dix ans. Outre la biosurveillance, un autre outil de prévention est la formation des agents de terrain. Fredon Île-de-France et la Direction régionale et interdépartementale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (Driaaf) ont mis en place deux outils pour répondre à ces besoins : Signal-espèces et ProtectPlatane©.

Outre le chancre coloré du platane, Signal-especes permet de signaler 28 autres espèces à impacts, parmi lesquelles : la jussie invasive, la pyrale du buis, le frelon asiatique, les ambroisies, le charançon rouge du palmier, le datura stramoine, le scarabée japonais, la suie de l'érable, le raisin d'Amérique... (© Fredon IDF)

Biosurveillance en Île-de-France

Signal-espèces est une web-application participative et gratuite. Elle permet aux équipes sur le terrain et au grand public de signaler de manière simple et rapide toute suspicion de maladie végétale, d’espèce invasive ou de menace sanitaire, y compris le chancre coloré du platane.

Le fonctionnement est intuitif et se déroule en trois étapes : se connecter au site depuis un smartphone ; décrire l’observation en y joignant une photo et en activant la géolocalisation ; envoyer le signalement, qui sera ensuite analysé par les experts Fredon.

Bien que le champignon puisse se propager naturellement par l’eau ou par les contacts entre racines (anastomoses racinaires), le principal vecteur de dissémination à longue distance est l’activité humaine. Les travaux publics (terrassement, pose de réseaux), l’élagage avec des outils non désinfectés, ou toute blessure infligée à un platane constituent des portes d’entrée pour le pathogène et des vecteurs de contamination majeurs.

La lutte obligatoire a été renforcée par l’arrêté du 31 janvier 2025, imposant aux professionnels de nouvelles responsabilités et des protocoles plus stricts (1), incluant l’interdiction de transport du sol provenant d’une zone infestée et celle de dessouchage par rogneuse, ou encore l’incinération des bois contaminés issus de l’abattage. La démarche qualité ProtectPlatane (2) a été conçue pour aider les entreprises du paysage et des travaux publics à répondre à ces nouvelles contraintes. Depuis son lancement en 2023, quinze agences se sont engagées et 63 référents formés.

Photo Chancre. Parmi les symptômes : les flammes violacées longitudinales sur l'écorce, les nécroses "vanille-chocolat" sous l'écorce, l'écorce craquelée et le dépérissement sectoriel. (© Fredon IDF)

Un parcours de labellisation complet

Le dispositif ProtectPlatane, d’une durée de validité de trois ans, inclut des formations spécialisées sur la reconnaissance de la maladie et les protocoles sanitaires, des audits pour valider le respect des engagements, et la mise à disposition de protocoles de désinfection applicables sur le terrain.

Les entreprises qui s’engagent dans la démarche doivent respecter un cahier des charges, articulé autour de cinq engagements :
1. formation et référents : former au minimum deux référents par agence, qui deviennent les garants internes des protocoles sanitaires et les relais techniques du réseau de surveillance ;
2. désinfection systématique : appliquer rigoureusement les protocoles de désinfection des outils et engins ;
3. protection des arbres : mettre en œuvre des mesures concrètes sur les chantiers pour protéger les arbres et éviter les blessures (troncs, branches, racines) ;
4. surveillance et signalement : intégrer le réseau de surveillance active en s’engageant à signaler toute suspicion aux autorités sanitaires (Sral/Draaf) ;
5. traçabilité : pour assurer une gestion conforme, l’entreprise doit disposer de l’autorisation de délivrance du passeport phytosanitaire (PP) ; cette exigence réglementaire assure que tout bois de platane mis en circulation, y compris les rémanents de taille, est tracé et provient d’une zone saine, limitant ainsi la dissémination de la maladie par le transport de bois.

(1) Voir le Lien horticole n° 1146 pages 22-24.
(2) Voir le Lien horticole n° 1134 pages 32-33.

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